A Propos de la série "INFERNO"

 

 

   

 

 

 

 

    L'Arrière-monde est un concept développé par le philosophe Friedrich Nietzsche qui réunit l'ensemble des philosophies et des croyances fondées sur l'existence d'un monde supérieur sur la terre comme au ciel ainsi que toute forme d'idéalisme. On peut citer comme exemple : Dieu. Nietzsche s'oppose à toutes ces conceptions et affirme qu’il n’existe qu’une seule réalité : la réalité sensible et concrète. J’ai repris ce concept car, en le limitant au monde et au pouvoir des images, il synthétise de la meilleure des façons les débats et théories sur l’illusion, l’apparence des images, la fonction des icônes et donc de la peinture comme nouvelle vision et comme révélatrice d’un autre monde, supérieur ou pas.

   Je suis, depuis longtemps fasciné par les gravures romantiques, remplies de bruit et de fureur ou de plénitude sereine, et où l’ombre a souvent la meilleure part dans des décors somptueux où des nus musculeux s’affrontent. J’avais envie de jouer avec ces images fortement connotées et, en particulier, les gravures du génial Gustave Doré, illustrant L’Enfer décrit par Dante dans sa « Divine comédie ». Dans ce texte poétique, Dante décrit avec rationalité et minutie la structure de l’Enfer « Inferno » et les supplices des damnés répartis dans différents cercles en fonction de leurs vices et pêchers. Ces représentations très spectaculaires d’hommes condamnés aux pires sévices, me fascinaient.

   J’ai appris que la force d’une œuvre d’art résidait dans la tension interne qui l’animait. Sans conflit, il n’y a pas d’art. J’ai décidé de confronter ces gravures romantiques à un univers plastique radicalement différent, à savoir la sensualité des images érotiques de pin-ups d’après-guerre. L’enjeu résidait dans cette douteuse mais peut-être fructueuse cohabitation. Il s’agissait, ici, de mettre en tension une forme de guerre des sexes, où la femme serait la grande victorieuse mais dont le prix à payer serait sa métamorphose en icône, sorte de déesse pour laquelle se débattraient les hommes pris en grappe serrée, dans leurs contradictions, leur culpabilité, leur rachat hypothétique ou leur condamnation sans appel.

   En jouant sur des conflits de taille et de nombre, en confrontant le style graphique des gravures et le lisse des photographies érotiques, les différences de traitement de l’ombre et de la lumière, il s’agissait, au-delà de l’anecdote et de la provocation de représenter les grandes forces fondamentales, le conflit primordial à la base de la vie. En jouant sur l’opposition de deux registres, il s’agissait de confronter une forme et un fond, la vie et la mort, l’homme et la femme, l’ombre et la lumière, la douceur et la violence, la plénitude et la frustration…