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  • A PROPOS DE LA SERIE "ANATOMIA"

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    Il n’est pas d’art sans conflit.

    Dans la série «Anatomia», j’ai tenté de créer des déflagrations visuelles et symboliques

    en faisant cohabiter des images issues de revues érotiques des années 60

    avec des planches anatomiques du XVIIIème siècle.


    Tensions paradoxales entre la peau et l’organe, l’intérieur et l’extérieur,

    la femme et l’homme, l’attirance et la répulsion,

    pulsion de vie et pulsion de mort.


    La confrontation plastique des techniques et des styles

    se veut également spectaculaire et évocatrice.

  • Clés de lecture de la série "APOKALUPSIS"

       «L’apocalypse de Saint Jean» est un texte fondateur qui m’a depuis fort longtemps fasciné. Cette magnifique poésie remplie à la fois d’images sublimes, de multiples significations, d’une symbolique puissante des nombres et d’un ésotérisme lyrique m’a donné envie d’en livrer une interprétation personnelle et actuelle.

      Actuellement de nombreuses prédictions catastrophistes nous assaillent et troublent notre vision de l’avenir. Je suis très sensible à cette «ambiance» de fin du monde mise en scène par des médias de tous types. 

      Je n’ai, malgré tout, pas voulu succomber à la facilité de visions spectaculaires actuelles. 

      J’ai plutôt choisi des images personnelles et des références artistiques qui m’étaient chères, à savoir la série des quinze xylographies (gravures sur bois) réalisées par l’immense artiste allemand Albrecht Dürer en 1497-98 illustrant certains passages de l’Apocalypse de Jean.

     J’ai choisi quatre de ces gravures que j’ai reproduites dans un style personnel sur chacun des panneaux.

                                                                                       

     Pour faire résonner ces images je les ai mises en conflit avec des photographies personnelles représentant des fragments de corps féminins partiellement souillés et liés par des bandelettes. Evocation d’une souffrance ou peut-être d’une libération... 

                                                            

     En outre, j’ai repris plus particulièrement les passages de Saint Jean traitant des quatre Cavaliers de l’Apocalypse que Dürer a également représenté dans la gravure la plus célèbre de la série.

                                                                                             

    Apocalypse (6,1-8) :

     Et ma vision se poursuivit. Lorsque l’Agneau ouvrit le premier des sept sceaux, j’entendis le premier des quatre Vivants crier comme d’une voix de tonnerre : « Viens ! » Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval blanc ; celui qui le montait tenait un arc ; on lui donna une couronne et il partit en vainqueur, et pour vaincre encore.

     Lorsqu’il ouvrit le deuxième sceau, j’entendis le deuxième Vivant crier ; « Viens ! » Alors surgit un autre cheval, rouge-feu ; celui qui le montait, on lui donna de bannir la paix hors de la terre, et de faire que l’on s’entr’égorgeât ; on lui donna une grande épée.

     Lorsqu’il ouvrit le troisième sceau, j’entendis le troisième Vivant crier : « Viens ! » Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval noir ; celui qui le montait tenait à la main une balance, et j’entendis comme une voix, du milieu des quatre Vivants, qui disait : « Un litre de blé pour un denier, trois litres d’orge pour un denier ! Quant à l’huile et au vin, ne les gâche pas ! » 

     Quand il ouvrit le quatrième sceau, j'entendis la voix du quatrième être vivant qui disait : Viens. Je regardai, et voici parut un cheval d'une couleur verdâtre. Celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l'accompagnait.

     Alors, on leur donna pouvoir sur le quart de la terre, pour exterminer par l’épée, par la faim, par la peste, et par les fauves de la terre.

    Eléments de lecture de la série

      Ces quatre visions m’ont fourni la structure de ma série, à savoir quatre panneaux distincts, quatre couleurs spécifiques et quatre fléaux que j'ai associés à quatre photographies personnelles et à quatre gravures de Dürer.

    Les liens entre les images sont parfois aussi de l'ordre de l'analogie formelle.

    APOKALUPSIS 1                         
         

    «...Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval blanc...» 

    Couleur blanche

    Conquête et purification

    Photographie représentant une femme se cachant les yeux aveuglée par une lumière intense

    Gravure représentant la chute des étoiles

                                        

                                APOKALUPSIS 2                    

        

    «...Alors surgit un autre cheval, rouge-feu...»

    Couleur rouge

    Guerre

    Photographie représentant une femme ayant les mains entravées dans le dos

    Gravure représentant les quatre anges de l’Euphrate qui avaient pour mission d’exterminer    

    le tiers des hommes.

     

                                                                              APOKALUPSIS 3                   

        

    «...Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval noir...»

    Couleur noire

    Famine

    Photographie représentant une femme cachant ses seins

    Gravure représentant le combat de Saint Michel contre le Dragon.                                     

     

                                                          APOKALUPSIS 4                                                        
         

    «... et voici parut un cheval d'une couleur verdâtre...»

    Couleur verte

    Peste

    Photographie représentant une femme se tenant le ventre

    Gravure représentant le Dragon à sept têtes et la bête aux cornes d’agneau.                       

                             

      Cliquer sur les détails ci-dessus pour mieux appréhender les techniques utilisées


  • A propos du mot Apokalupsis

     

     

      Etymologiquement, le mot grec apokalupsis signifie littéralement «révélation», «dévoilement». Il nous a donné le mot apocalypse. 

      Le verbe grec apokaluptô, signifie, «révéler», «dévoiler», littéralement «ôter le voile»,»ouvrir les rideaux» pour voir ce qu'il y a derrière. 

      C'est le geste que nous faisons le matin en tirant les rideaux. C'est le geste des élus qui dévoilent une stèle ou une œuvre d'art et c'est le geste qui tire le rideau dévoilant le décor d’une pièce de théâtre après les 3 coups.

      Ce mot apokalupsis comprend trois registres d’interprétation:

    1 Mettre à nu

    2 Révélation d'une vérité, instruction

    3 Manifestation, apparence

      L'un des tous premiers textes du Nouveau Testament dans lequel ces mots apparaissent se trouve dans la lettre que Paul écrit aux Galates (1,11-17) :

    «... Je vous le certifie, mes frères, la bonne nouvelle que j'ai annoncée pour ma part n'est pas simplement humaine, car moi-même je ne l'ai pas reçue ni apprise d'un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ. (une révélation c'est en réalité le mot grec apokalupsis)

    «...Mais quand il a plu à Dieu, qui m'a mis à part depuis le ventre de ma mère et qui m'a appelé par sa grâce, de révéler en moi son Fils ( révéler c'est en réalité le verbe grec apokaluptô).

      Pourtant, quand l'apôtre raconte sa conversion, la rupture radicale dans sa trajectoire de vie, le retournement de ses valeurs, il le fait en employant ces verbes qui signifient le dévoilement. Un chamboulement total, une apocalypse certes, mais une apocalypse qui n'est pas destruction et mort, mais au contraire ledévoilement d'une bonne nouvelle qui réoriente sa vie tout entière.

      On comprendra donc que le sens général et actuel attribué au mot apocalypse n’est pas du tout celui originellement compris et utilisé dans la Bible.

      Cependant les traducteurs français de la Bible ont préféré les mots révélation et révéler à apocalypse et au verbe qui aurait pu en découler.

      L'Apocalypse biblique telle décrite dans le dernier texte concluant la Bible à savoir «l’Apocalypse de Saint Jean» n'est donc la prédiction de la fin catastrophique du monde. On pourra plutôt y voir comme un appel à la dissidence et à la résistance confiante vis-à-vis des puissances de fascination du monde, comme la révélation que le combat valant la peine d'être mené, comme le dévoilement d'une victoire déjà remportée.

    En conclusion, l'Apocalypse biblique serait plutôt la bonne nouvelle d'une espérance possible.

  • A propos de la série "NUS BLEUS"

     

     

     

     

       Un de mes thème de prédilection est la figuration de l’humain représentée par le paradoxe d’un style photoréaliste qui, malgré l’immédiate lisibilité du motif, permet une marge d’interprétation à l’imaginaire du spectateur.

       La série des « nus bleus », au-delà d‘un hommage distancié à Matisse, tente de fixer le trouble intense de l’apparition de corps féminins saisis dans une pénombre bleutée et le risque de leur disparition dans l’obscurité totale. Les fonds texturés entrent en conflit avec le lisse des courbes féminines induisant une souffrance intérieure. Femme/paysage, corps/abstraction, ombre/lumière, réalité/souvenir, apparition/disparition, plénitude/souffrance, vie/mort, autant de tensions en filigrane dans cette série.

  • A Propos de la série "INFERNO"

     

     

       

     

     

     

     

        L'Arrière-monde est un concept développé par le philosophe Friedrich Nietzsche qui réunit l'ensemble des philosophies et des croyances fondées sur l'existence d'un monde supérieur sur la terre comme au ciel ainsi que toute forme d'idéalisme. On peut citer comme exemple : Dieu. Nietzsche s'oppose à toutes ces conceptions et affirme qu’il n’existe qu’une seule réalité : la réalité sensible et concrète. J’ai repris ce concept car, en le limitant au monde et au pouvoir des images, il synthétise de la meilleure des façons les débats et théories sur l’illusion, l’apparence des images, la fonction des icônes et donc de la peinture comme nouvelle vision et comme révélatrice d’un autre monde, supérieur ou pas.

       Je suis, depuis longtemps fasciné par les gravures romantiques, remplies de bruit et de fureur ou de plénitude sereine, et où l’ombre a souvent la meilleure part dans des décors somptueux où des nus musculeux s’affrontent. J’avais envie de jouer avec ces images fortement connotées et, en particulier, les gravures du génial Gustave Doré, illustrant L’Enfer décrit par Dante dans sa « Divine comédie ». Dans ce texte poétique, Dante décrit avec rationalité et minutie la structure de l’Enfer « Inferno » et les supplices des damnés répartis dans différents cercles en fonction de leurs vices et pêchers. Ces représentations très spectaculaires d’hommes condamnés aux pires sévices, me fascinaient.

       J’ai appris que la force d’une œuvre d’art résidait dans la tension interne qui l’animait. Sans conflit, il n’y a pas d’art. J’ai décidé de confronter ces gravures romantiques à un univers plastique radicalement différent, à savoir la sensualité des images érotiques de pin-ups d’après-guerre. L’enjeu résidait dans cette douteuse mais peut-être fructueuse cohabitation. Il s’agissait, ici, de mettre en tension une forme de guerre des sexes, où la femme serait la grande victorieuse mais dont le prix à payer serait sa métamorphose en icône, sorte de déesse pour laquelle se débattraient les hommes pris en grappe serrée, dans leurs contradictions, leur culpabilité, leur rachat hypothétique ou leur condamnation sans appel.

       En jouant sur des conflits de taille et de nombre, en confrontant le style graphique des gravures et le lisse des photographies érotiques, les différences de traitement de l’ombre et de la lumière, il s’agissait, au-delà de l’anecdote et de la provocation de représenter les grandes forces fondamentales, le conflit primordial à la base de la vie. En jouant sur l’opposition de deux registres, il s’agissait de confronter une forme et un fond, la vie et la mort, l’homme et la femme, l’ombre et la lumière, la douceur et la violence, la plénitude et la frustration…